Recensions

The Queen is dead, Aurélia Bonnal

The Queen is dead, Editions Buchet Chastel, Collection Qui Vive, août 2012, 176 p. 16,00 €
Ecrivain(s): Aurélia Bonnal Edition: Buchet-Chastel

The Queen is dead, Aurélia Bonnal
D’abord une chanson des Smiths : « The queen is dead ». Toute une époque.
Une bande d’amis, Bert, Eloïse (Elo)… Une jeunesse, des promesses qui ne seront pas tenues, des trahisons qui n’en sont pas, mais qui pourtant sont vécues comme telles. Des projets, des regrets, des jalousies. Et puis les années qui filent sans que l’on comprenne ce qui nous arrive.
Le temps qui passe entraînant avec lui le destin des uns et des autres.
Elo (tout le monde l’appelle comme ça) est devenue écrivaine. Elle vit en couple et est maman à temps quasi complet d’une petite fille, la prunelle de ses yeux. Quoi de plus normal ? Elle est heureuse, sans doute, quoique ?
Bert, lui est vendeur de vin et musicien « quasi à la retraite » en couple, en trio bientôt, sa compagne Gilberte attendant un heureux événement qui même s’il le devrait, ne le rend pas vraiment heureux. Que le bonheur est compliqué quand on a l’impression d’avoir laissé passer sa chance, quand les souvenirs n’arrivent pas à s’effacer et que bon gré mal gré il faut vivre avec.
Et puis les retrouvailles, par hasard. En fait c’est lui, Bert qui se retrouve, la retrouve au travers du dernier livre écrit par une fille ne qui pouvait être qu’Elo.
« Elle avait seulement changé mon nom. Je ne me rappelai pas exactement les mots que j’avais utilisés ce soir-là, mais toute cette conversation sonnait tellement juste, toute cette nuit se déroulait là comme son enregistrement fidèle. Tout à coup, mes vingt et un ans se jetèrent sur moi, avec une telle violence que c’est moi qui fondis en larmes ».
Il en est persuadé, ce livre c’est lui, c’est elle, c’est eux, leur histoire, leur jeunesse trop vite passée.
Même s’il sait que leur vie est ailleurs maintenant, il se doit de la retrouver pour se rassurer peut-être, pour la revoir au moins une fois, simplement.
« Je n’étais capable que de rester planté comme un con.
Ce n’était que cela. Je me disais respire, tout va bien, tu revois juste ton amie d’enfance. Ta meilleure amie. Celle qui t’a trahi, qui s’est barrée et t’a laissé là en plan dans la vieille vie pour aller vivre des aventures incroyables. Sans toi. Toi, tu es resté sur le bord du chemin, tu as attendu que la vie t’arrive, que la vie te passe, que ça se tasse ».
Des souffrances, des blessures, avec en toile de fond pour Elo une épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête et qui n’est autre que sa propre mère.
The Queen is dead, une histoire, des histoires simples, comme on aimerait en lire plus souvent. Un premier roman très réussi et la découverte d’une jeune écrivaine pleine de promesses. Vivement la suite.

Eric Neirynck


Tout passe, Gabriel Josipovici

Ecrit par Eric Neirynck 21.11.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Iles britanniques, Roman, Quidam EditeurTout passe, traduit de l’anglais par Claro, Quidam éditeur, 2012, 65 p. 10 €

Ecrivain(s): Gabriel Josipovici Edition: Quidam Editeur

Tout passe, Gabriel Josipovici
« Une pièce.
Il se tient à la fenêtre.
Et une voix dit : Tout passe. Le bien et le mal. La joie et la peine. Tout passe ».

Une fraîcheur, un renouveau, une découverte, un coup de cœur. Un style, une façon d’aborder la vie, les vies, sa vie.
Un texte très court, mais où l’auteur a réussi à concentrer l’essentiel. Une soixantaine de pages faites de moments, d’instants, de rencontres, d’amour, de désamour, de rupture. Des dialogues simples et complexes entre un père et ses enfants. Une fille et un fils inquiets, mais qu’il ne veut pas déranger. Un dialogue entre un homme, Félix, et lui-même. Des souvenirs : la mère de ses enfants, l’histoire de son abandon, le manque, la souffrance immense, qu’il mettra du temps à sortir.
Des images, fortes, très fortes.
« Il se tient à la fenêtre.
Carreau fêlé.
Son visage à la fenêtre.
Grisaille. Silence ».

Le carreau fêlé d’une vitre devant laquelle il passe la plus grande partie de son temps et qui représente bien plus qu’un simple carreau dans une chambre. Une fêlure profonde, des fantômes, le présent et le passé, la vie d’un homme blessé.
Ce livre doit être lu et relu encore et encore afin de prendre bien conscience du message que l’auteur a voulu nous faire passer.
L’absence, le déni, le refus et l’envie de vivre, la difficulté d’exister sont tous les sentiments qui transpirent des mots de Gabriel Josipovici. Des questions simples et pourtant tellement évidentes, que tous un jour nous nous poserons.
Le tout avec la musique : le quatrième mouvement du quatuor à cordes de Beethoven, opus 32 et l’écriture en toile de fond.
« – Rabelais, dit-il, est le premier écrivain à l’ère de l’imprimerie. Comme Luther est le dernier écrivain de l’ère manuscrite. Bien sûr, dit-il, sans l’imprimerie, Luther serait resté un simple moine hérétique. L’imprimerie, dit-il, en ôtant la mousse à la surface de sa tasse, a fait de Luther le puissant qu’il est devenu, mais c’est essentiellement un prédicateur, et non un écrivain. Il connaissait son public et écrivait pour lui.
Rabelais, lui, dit-il en suçant sa cuiller, a compris ce que signifiait pour l’écrivain ce nouveau miracle qui était l’imprimerie. Ça signifiait avoir gagné le monde et perdu son public. Ne plus savoir qui vous lisait ni pourquoi. Ne plus savoir pour qui vous écriviez. Rabelais, dit-il, trouvait ça insupportable, comique et délectable, tout ça en même temps ».
Ce livre est une parfaite description poétique (oui poétique, j’insiste) des plaies béantes que nous avons chacun de nous du côté du cœur, de la tête ou des deux.

« Une pièce.
Il se tient à la fenêtre.
Et une voix dit : Tout passe. Le bien et le mal. La joie et la peine. Tout passe ».

Eric Neirynck


Un week-end en famille, François Marchand

Ecrit par Eric Neirynck 07.11.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Le Cherche-Midi

Un week-end en famille, Août 2012, 13 €
Ecrivain(s): François Marchand Edition: Le Cherche-Midi

« Je venais de me marier avec Aurélie à Las Vegas, dans la foulée d’une perte monumentale au poker, en me disant qu’il valait mieux rassembler toutes les conneries possibles sur un seul jour ».
Un grande part de l’histoire de ce livre c’est Paris qui rencontre la province, mais aussi la province qui rencontre Paris
Et quelle province ! La Samouse, région fictive (quoique), coin perdu s’il en est. Fin fond d’un monde dit civilisé par les citadins purs et durs.
Des petits villages aux doux noms imprononçables, des rencontres improbables, mais « obligatoires » et des gens tellement différents. Le narrateur a la « malchance » d’avoir épousé une fille du cru, Aurélie. Pour lui faire plaisir, il accepte de rencontrer ceux qui font partie de sa vie de jeune fille, et de leur être présenté.
Le temps d’un week-end interminable avec sa belle-famille, il prend la mesure des différences qui séparent la ville de la province. Pour lui toute cette aventure ne fait que confirmer l’adage ; on ne choisit pas sa famille.
Dès son arrivée le vendredi soir, il sait déjà que les choses se passeront mal. En à peine quelques heures, il a droit de la part de son beau-père aux commentaires sur les plus beaux villages de France, le bonheur de la vie à la campagne loin de l’enfer de cette autre planète où vivent de drôles d’habitants que l’on nomme les Parisiens. Race humaine incompréhensible, prétentieuse, hautaine, mais avec laquelle il est bien obligé maintenant de composer vu le choix de sa fille.
En fait vous prenez toutes les fausses idées que se font les provinciaux des Parisiens et vice versa, et vous obtenez la première partie de ce week-end en famille.

« – Comment s’appelait-il, ce film, déjà, ma chérie ?

– Quel… Quel film ? De quoi tu parles ?

– Le film, tu sais bien, où les gens ressemblent à ça. Je suis sûr que ta famille a joué dedans. Voyons. Je n’arrive jamais à m’en souvenir.

– Je ne vois pas, et quel rapport avec ma famille ?

– Le rapport, ce sont les dégénérés. Délivrance ! C’est ça, Délivrance ! John Boorman ! C’est ici que ça a dû être tourné.

– Espèce de salaud, tu es dégueulasse.

– Excuse-moi, chérie. D’ailleurs, je me trompe. Dans le film, la nature est très jolie, rien à voir avec la Samouse ».

S’en suit une descente aux enfers. Une folle poursuite, un drame, un passage mystique.

« Je me hasardais à baguenauder dans les rues désertes de Barrais-Bussolles, réfléchissant une fois de plus au sens de ma présence ici. Étais-je Jonas censé annoncer à la Samouse sa fin ? Et par là la sauver ? Ou, après tout, les événements successifs n’étaient-ils que des incidents profanes ? »

Le plus étonnant est sans doute l’épilogue de ce livre qui est comme la vie, souvent très différent de ce que l’on attend.

Ce livre est drôle, agréable à lire. Un vrai moment de détente dans le plus pur style de François Marchand.


Eric Neirynck



SOAP APOCRYPHE

PACOME THIELLEMENT

INCULTE



Enfin! Enfin un livre d'où l'on sort moins con. Déjà que pour une majorité (de livre) il est dur d'y rentrer, ici dès le début c'est du plaisir et rien que du plaisir! Un livre qui n'a pas été écrit à la 6-4-2 (ceux qui liront ce livre, et j'espère qu'ils seront nombreux, comprendront.)
Une multitude de métaphores où se croisent imaginaire et réel, hier et aujourd'hui.



L'histoire  du jeune Léon Tzinmann et d'un groupe de jeunes bobos post-underground de la rive gauche, qui découvrent un texte apocryphe: le Contre Clément, "un traité gnostique du Vè siècle qui répondait en termes saumâtres aux Homélies clémentines, attribuées au premier Pape après Pierre." Groupe réuni autour de Mathieu Lucas (l'homme à la base de la découverte), qui décide de consacrer sa vie, enfin du moins quelques années, à la l'étude de ce texte. Passant des soirées entières à discuter, boire et fumer sur les commandements laissés par le frère de Jésus. Tous ont en eux le désir de faire publier leurs recherches et de contribuer à l'avènement d'un "Nouveau Monde"


""Les mecs, dans l'Ancien Testament, on parle de moi... Et les prophètes aussi, ils parlent de moi..." Ainsi, d'une manière qu'il ne pouvait considérer que métaphysiquement adéquate,  la lecture de Soruh d'Alexandrie et de son Contre Clément le ravit au plus haut point. Il en remerciait quotidiennement Mathieu Lucas et lui disait avec joie qu'il aurait pu en contresigner la totalité des propositions"

En parallèle l'auteur nous fait vivre l'histoire d'un amour/haine entre Léon Tzinmann et Pauline Jacques, femme, ancienne amante, actrice et enfin politicienne visant la magistrature suprême.

Il finit par lui adresser une lettre qui représente parfaitement l'absurdité du pouvoir et ce qu'en pensent beaucoup d'entre nous. Une lettre dont voici un petit extrait et qui à elle seule fait de ce livre un texte surréaliste (Pacôme aurait-il des ancêtres belges?)

"...Pour prévenir une telle éventualité, que la présidente assouvisse en conséquence les désirs de son peuple et autorise un sacrifice quotidien de son corps,  rendu souple à tout usage de la part du citoyen, mais bien évidemment exempt de toute violence autre que sexuelle..."

Au fil des pages, les découvertes se font de plus en plus rapidement pour se terminer en apothéose.

Dans un dernier élan de légèreté, on pourrait, sous forme d'hommage, dire que ce livre est Thiellement bien. Mais honnêtement l'intelligence, la finesse de l'humour et de l'écriture de l'auteur ne supporteraient pas ce genre de jeu de mots foireux.

Sans vouloir en  rajouter une couche, Pacôme Thiellement peut-être qualifié de magicien de mots.




Soap apocryphe est le premier roman de Pacôme Thiellement, écrivain, journaliste et réalisateur français, connu pour ses essais mêlant culture pop et philosophie (Les Mêmes Yeux que LostTous les chevaliers sauvages, sur l’épopée d’Hara Kiri). Un texte drôle, érudit, critique acerbe du pouvoir de la célébrité, un Umberto Eco à la mode pop.


L'amour est déclaré, Nicolas Rey

L’amour est déclaré, 13 septembre 2012, 196 p. 17,5 € (Ebook, 4,99 €)
Ecrivain(s): Nicolas Rey Edition: Au Diable Vauvert

L'amour est déclaré, Nicolas Rey
« – Très bien Clara (son éditrice), tu veux un bouquin. Dans trois mois, je te file un truc d’histoire sur la guerre d’Indochine avec une longue dédicace pour remercier “Wikipédia”.
– Nicolas, continue à raconter ta vie. T’es bon qu’à ça.
J’avais 39 ans, des impôts à payer et un appartement à rembourser. J’avais un fils aussi. Bref, je n’avais plus vraiment le choix ».
Et il l’a fait, en 196 pages il nous parle à nouveau de sa vie.
Le premier mot qui vient à l’esprit au début de la lecture du nouvel Opus de Nicolas Rey est : rassurant. Il va mieux ! Enfin presque. Ce livre peut être considéré comme une « suite » d’Un léger passage à vide publié il y a deux ans. Livre dans lequel  l’auteur nous parlait de ses problèmes liés à diverses substances dont il était un fervent consommateur à l’époque.
Dans L’amour est déclaré, toute cette période est derrière lui, fini les excès et vive l’amour !
« Je crois qu’elle s’est endormie à ce moment-là. Je crois que c’est à ce moment-là que je me suis levé pour serrer son visage dans mes bras et que j’ai pensé : “Quoi qu’il arrive, je ne te quitterai plus”.
Je crois que c’est à ce moment-là, aussi, que je suis tombé amoureux d’elle. Définitivement.
À présent j’ai beaucoup moins sommeil. Je me lève avant les autres. Grâce à elle. A cause d’elle. Pour elle, je serais prêt à me rendre au BHV… ».
C’est lui maintenant qui veille sur son entourage. Son fils Hippolyte, à qui il essaye d’expliquer la vie en lui expliquant ses expériences passées. De la première claque maternelle à la première claque amoureuse. Il lui explique le sexe, le beau mais aussi celui qui réduit l’homme à l’état de simple bête. Yves Kleber, son dieu, son panda, son double en pleine crise existentielle à qui il tente de sauver la vie. « Kleber raffole de l’expression “enfant-chien” puisque cette insulte permet de réunir à la fois les mômes et les animaux, les deux choses que Kleber déteste le plus au monde ».
Fini les cocktails explosifs et vive le Coca light à tous les repas. Il va même jusqu’à vouloir accéder à la propriété, incroyable pour le Nicolas Rey d’Un léger passage à vide.
Par amour il va tout accepter, jusqu’à la découverte de cinéaste culte, mais uniquement culte dans son village.
Malheureusement, rien n’est éternel. Sur un malentendu, la vie, la vraie va reprendre ses droits.
Une écriture simple, des mots et des maux de tous les jours, une recette qui marche parfaitement chez Nicolas Rey. Chacun pourra à un moment ou un autre se reconnaître dans un des différents petits chapitres.
« Dans la vie, les choses se terminent toujours mal.
Dans un livre pas forcément ».

Eric Neirynck


L'Ouragan, Daniel Martinange

L’ouragan, Mai 2012, 15 €
Ecrivain(s): Daniel Martinange Edition: Stéphane Million éditeur

L'Ouragan, Daniel Martinange

Un livre, un style, une révélation. Trois qualificatifs qui résument à eux seuls le premier livre de Daniel Martinange.
Dans L’Ouragan (livre qui porte magnifiquement son nom aussi bien dans la forme, que dans le style), l’auteur nous fait son road book/movie à lui.
Une histoire d’amour passionnelle, écrite à la façon des nouvellistes américains.
Pour Antoine, la cinquantaine, tout commence par la découverte de celle qui sera la perle de sa vie, j’ai nommé : Bahia.

« Il l’avait rencontrée aux Baléares lors d’un voyage organisé, après le décès accidentel de ses parents… ».
« Depuis sa rencontre avec Bahia il n’avait plus ni cerveau ni sexe. Mais dans sa tête et son entrejambe un organe unique, indéfinissable, tout à elle dévolu. Se liquéfiant en elle il recevait en retour un torrent d’énergie, il se rechargeait. Erectile jusqu’au ciel il décrochait les étoiles. Elles tombaient sur la Terre, il se vautrait dans un tapis d’étincelles ».
L’histoire d’un amour fou qui va les mener au pire, une tragédie, qui fait prendre au récit l’allure d’une folle aventure humaine. Quoi qu’il fasse où qu’il aille Antoine, le « héros » du livre n’est plus qu’une ombre dans le souvenir de Bahia, sa belle, sa perfection, son Eldorado.
Le livre est un ensemble de petites histoires hantées par cette femme disparue. L’envie d’Antoine de fuir son acte et un passé trop lourd à porter.

« Lorsque Antoine émerge du sommeil, un jour badin piétine à sa fenêtre.
La nuit l’a plongé dans des rêves où il était sûr de lui. Une femme lui donnait raison sur tout.
Il se lève.
– Quel merdier, le monde… Ça s’arrange pas… Toutes ces guerres, ces enfants martyrs… De pire en pire…
Il soliloque ? Timbré ! Se préoccuper de ça au saut du lit. Siphonné !
Mais non. Mais non. Bouleversé par le reportage télévisé de la veille, il s’adresse à Bahia. Pour maintenir le lien. Comme si elle était à ses côtés et lui répondait ».

En quelques dizaines de pages, le chemin d’Antoine va croiser celui d’autres paumés. Une albinos perdue dans les méandres de la quête de l’amour, un Indien Navajo des plus originaux, une fille un peu folle qui passe d’homme en homme sans se soucier le moins du monde de ce que l’on peut penser d’elle, un fakir et sa planche à clous et des animaux qui parlent. Jusqu’au jour où…
L’histoire se déroule à un rythme effréné, mais tellement prenant que vous ne pourrez lâcher ce livre une seule seconde sans avoir envie d’y replonger immédiatement.
Daniel Martinange nous fait l’économie de toutes fioritures (pas de descriptions inutiles, pas de longueurs qui ne servent bien souvent qu’à noircir du papier).
Il va à l’essentiel, le récit. Pari réussi !
L’histoire se termine, l’ouragan est passé. Vous pouvez reprendre une activité normale.

Eric Neirynck



La mort est une nuit sans lune, Renaud Santa Maria

Ecrit par Eric Neirynck 11.09.12 dans La Une LivresLes LivresRecensionsLa rentrée littéraireRoman

La Mort est une nuit sans Lune, Stéphane Million Editeur, 23 août 2012, 15 €
Ecrivain(s): Renaud Santa Maria

La mort est une nuit sans lune, Renaud Santa Maria
Après nous avoir étonné et passionné avec son premier livre Le cœur en berne (Recueil de nouvelles) et ses différentes publications dans la très bonne revue Bordel éditée par Stéphane Million. Renaud Santa Maria fait sa rentrée cette année avec son premier roman.
Attention auteur !
Premier roman, première réussite.
Quel amour de la langue, quelle beauté dans le choix des mots, avec en plus une pointe d’humour parfois légèrement décalée.
Au travers des pages, nous traversons la vie d’un homme, Augustin. De l’enfance à l’âge des souffrances. La dépression, l’envie de mort et l’amitié sont présentes tout au long de cette vie. Une forme de bonheur aussi lorsqu’il rencontre enfin Clara qui, un temps du moins, lui fera oublier qu’il n’est pas de ce monde.
C’est après avoir quitté Reims, sa ville natale, pour Paris, qu’il provoquera la rencontre de la femme de sa vie.
« Galvanisé comme un aveugle qui recouvrait la vue, je décidais d’aller aussitôt à sa rencontre et de m’adresser à elle.
– Veuillez m’excuser par avance, mais j’aurais une faveur à vous demander qui me tirerait sincèrement de l’embarras : m’autoriseriez-vous à tomber amoureux de vous ? »
Elle lui fera connaître la passion, la vraie. Celle qui brûle dans tous les sens du terme.
« – Tu vois Clara, c’est idiot, mais même heureux avec toi, je ne parviens pas à me défaire de l’idée de la mort. J’ai même toujours cherché à lui trouver une définition parfaite de ce qu’elle évoque au plus profond de mon âme…
– Je crois, en voyant l’immensité de cette nuit qui se confond avec la mer, si calme, si silencieuse, que si nous n’avions pas au-dessus de nous ce magnifique clair de lune me permettant de t’apercevoir… Oui, je crois bien alors que la mort serait une nuit sans lune… ».
Le passé, la mort, l’amour jusqu’à la passion, jusqu’à l’obsession. Arthur Rimbaud, le pont des Arts et ses cadenas comme lieu d’union. Paris en ce qu’elle est de plus romantique et dramatique.
Une chute inattendue, un final en feu d’artifice, tout y est !
Alors, fiction, autofiction ou autobiographie ? Seul l’auteur peut répondre à cette question, mais en tout cas Augustin le « héros » de ce livre est l’image même de ce que l’auteur donne de lui en public.
Je ne parle même pas de la présence de Stéphane des Monts avec qui il désire tellement travailler et dont le nom et la description physique sont si proches de Stéphane Million son éditeur. Ou encore de Pandora, son chat noir qui existe vraiment (des photos de lui (elle) sont souvent publiées par l’auteur sur son mur Facebook). Et enfin, voir surtout, Palma, sa mère à qui il avait déjà dédié un magnifique poème dans son recueil Le cœur en berne et qui occupe une place discrète, mais centrale dans ce livre.
Dans la vie d’un lecteur, il y a des livres qui passent et d’autres, bien plus rares, qui marquent. Sans aucune hésitation La Mort est une nuit sans lune fait partie de la seconde catégorie.
Merci Renaud et à très vite pour la suite.

Eric Neirynck


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Coupes sombres, Giulio Minghini

Ecrit par Eric Neirynck 31.07.12 dans La Une LivresLes LivresRecensionsRomanSeuil

COUPES SOMBRES, SEUIL, CADRE ROUGE, 03/05/2012, 80 P. 13 €
ECRIVAIN(S): GIULIO MINGHINI EDITION: SEUIL

Coupes sombres, Giulio Minghini
« Comme le magicien sort la carte attendue de la manche d’un spectateur incrédule, Stanislaw se saisit du pistolet et en finit avec le monde ! »
En une seule phrase, le décor de ce tout petit roman est installé. Et de décor il en est question, puisque l’histoire alterne entre le théâtre et la réalité, ou le contraire, mais peu importe.
62 pages de pur plaisir, d’amour des mots, de la langue française et de sensibilité. Quel amour du verbe, quelle justesse dans l’emploi des termes et descriptions. Ce livre est plus que bien écrit, et quand on sait que le français n’est pas la langue maternelle de l’auteur, le respect n’en est que plus grand.
Certes, certains (ceux pour qui le nombre de signes est plus important que la qualité du texte) trouveront ce livre quelque peu inabouti et trop court. Ce qui à mon sens est une erreur. Ce roman est rapide, direct, mais pas court.
Simplement il est écrit sans futilités, artifices ou longueurs inutiles.
Mais surtout ces quelques pages sont ponctuées de phrases magnifiques telles : « … Après l’orgasme, la lumière revient d’un coup, immanquablement la tension dramatique retombe, personne n’y croit plus… »
En résumé ce livre est une sorte d’hommage à ceux qui par désespoir décident d’arrêter leur parcours de vie et de partir vers l’inconnu.
« Et si le suicide était le seul véritable baptême ? »
Une chose est évidente, il faut un certain vécu, de la souffrance, de l’amour pour pouvoir s’approprier et aimer profondément ce livre. Le lourd bagage de la vie est indispensable pour rentrer entièrement dans la scène, les scènes de vie racontées par l’auteur.
« Et inévitablement, Monsieur le Docteur, des coupes sombres se sont imposées à nous, comme il arrive presque chaque jour, bien entendu, mais de façon plus radicale cette fois-ci. En nous séparant, à la fin du mois d’août qui nous avait stupidement meurtris, nous avions voulu éclaircir de quelques coupes bien décidées l’épaisse ténèbre qui nous entourait, la forêt de branches folles de nos pensées. Nous croyions y avoir amené un peu de lumière. Mais non : nous n’avions gagné que plus d’obscurité ».

Dans une interview donnée récemment à un magazine, l’auteur reconnaît une grande part d’autofiction dans cette histoire, ce qui la rend encore plus forte.
En littérature aussi les moments les plus brefs peuvent être ceux qui laissent les meilleurs souvenirs.
Cette recension est volontairement courte et directe comme l’est le second livre de Giulio Minghini.

Eric Neirynck


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L'urgence et la patience, Jean-Philippe Toussaint Ecrit par Eric Neirynck 01.05.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Récits, Essais, Les éditions de Minuit L’urgence et la patience, Éditions de Minuit 2012, 107 p. 11 € Ecrivain(s): Jean-Philippe Toussaint Edition: Les éditions de Minuit « 

D’ordinaire, l’urgence préside à l’écriture d’un livre et la patience n’est que son complément indispensable, qui permet de corriger ultérieurement les premières versions du manuscrit ». Au travers de différents petits récits, Jean-Philippe Toussaint nous fait voyager dans son univers, dans son parcours d’écrivain, mais peut-être et surtout dans sa vie tout simplement. « J’ai oublié l’heure exacte du jour précis où j’ai pris la décision de commencer à écrire, mais cette heure existe, et ce jour existe… » Dans la première partie de cet essai, il nous fait partager l’urgence et patience qu’il éprouve dans son travail d’auteur. « L’urgence, qui appelle l’impulsion, la fougue, la vitesse ; et la patience, qui requiert la lenteur, la constance et l’effort. Mais elles sont pourtant indispensables l’une et l’autre à l’écriture d’un livre, dans des proportions variables, à des dosages distincts, chaque écrivain composant sa propre alchimie, un des deux caractères pouvant être dominant et l’autre récessif, comme les allèles qui déterminent la couleur des yeux ». Dans la seconde partie, il nous ouvre les portes de ses bureaux, de ses lieux d’écritures et de découvertes. Il revient sur sa relation avec Proust et A la recherche du temps perdu qu’il avoue avoir plus relu que lu. Sa rencontre avec Jérôme Lindon, son éditeur chez Minuit, qui lui permet après avoir été refusé par un bon nombre de maisons d’édition d’être enfin publié, et la naissance de leur amitié. Jérôme Lindon lui « offrant » même un petit face à face avec Samuel Beckett, un de ses modèles, à qui il avait fait appel pour avoir un avis sur son « travail » lorsqu’il n’était qu’un apprenti écrivain. Il termine sur une déclaration d’amour aux mots, à Beckett et à la richesse de la langue française. Pour résumer, ce petit livre d’une centaine de pages est avant tout l’histoire d’une envie, d’un besoin de partage avec ses lecteurs. Un véritable « making of » de Jean-Philippe Toussaint, sans jamais tomber dans les banalités. Vous ne trouverez aucune trace de ce soi-disant besoin vital, encore moins de la nécessité de mettre ses tripes sur la table, que bien des écrivains évoquent pour « justifier » leur besoin d’écrire. Non, il nous parle simplement de rêve et d’envie. Et c’est gagné. Impossible enfin de ne pas parler du fauteuil bleu-turquoise qui traverse ce livre comme un petit fil rouge. Fauteuil dans lequel il a fait ses premières découvertes et où il a ressenti toute la puissance de la littérature. « Au mur, à un clou, tel un pluvier, pendait un ravanastron. …maintenant que je sais ce que la phrase veut dire, que je peux certifier qu’elle a un sens et que je pourrais, le cas échéant, l’affadir en l’expliquant, je me rends compte que c’est dans sa forme, et nullement par son sens, qu’elle m’avait ébloui ».

Eric Neirynck

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