mercredi 21 novembre 2012

Tout passe, Gabriel Josipovici


Tout passe, Gabriel Josipovici

Tout passe, traduit de l’anglais par Claro, Quidam éditeur, 2012, 65 p. 10 €
Ecrivain(s): Gabriel Josipovici Edition: Quidam Editeur

Tout passe, Gabriel Josipovici
« Une pièce.
Il se tient à la fenêtre.
Et une voix dit : Tout passe. Le bien et le mal. La joie et la peine. Tout passe ».

Une fraîcheur, un renouveau, une découverte, un coup de cœur. Un style, une façon d’aborder la vie, les vies, sa vie.
Un texte très court, mais où l’auteur a réussi à concentrer l’essentiel. Une soixantaine de pages faites de moments, d’instants, de rencontres, d’amour, de désamour, de rupture. Des dialogues simples et complexes entre un père et ses enfants. Une fille et un fils inquiets, mais qu’il ne veut pas déranger. Un dialogue entre un homme, Félix, et lui-même. Des souvenirs : la mère de ses enfants, l’histoire de son abandon, le manque, la souffrance immense, qu’il mettra du temps à sortir.
Des images, fortes, très fortes.
« Il se tient à la fenêtre.
Carreau fêlé.
Son visage à la fenêtre.
Grisaille. Silence ».

Le carreau fêlé d’une vitre devant laquelle il passe la plus grande partie de son temps et qui représente bien plus qu’un simple carreau dans une chambre. Une fêlure profonde, des fantômes, le présent et le passé, la vie d’un homme blessé.
Ce livre doit être lu et relu encore et encore afin de prendre bien conscience du message que l’auteur a voulu nous faire passer.
L’absence, le déni, le refus et l’envie de vivre, la difficulté d’exister sont tous les sentiments qui transpirent des mots de Gabriel Josipovici. Des questions simples et pourtant tellement évidentes, que tous un jour nous nous poserons.
Le tout avec la musique : le quatrième mouvement du quatuor à cordes de Beethoven, opus 32 et l’écriture en toile de fond.
« – Rabelais, dit-il, est le premier écrivain à l’ère de l’imprimerie. Comme Luther est le dernier écrivain de l’ère manuscrite. Bien sûr, dit-il, sans l’imprimerie, Luther serait resté un simple moine hérétique. L’imprimerie, dit-il, en ôtant la mousse à la surface de sa tasse, a fait de Luther le puissant qu’il est devenu, mais c’est essentiellement un prédicateur, et non un écrivain. Il connaissait son public et écrivait pour lui.
Rabelais, lui, dit-il en suçant sa cuiller, a compris ce que signifiait pour l’écrivain ce nouveau miracle qui était l’imprimerie. Ça signifiait avoir gagné le monde et perdu son public. Ne plus savoir qui vous lisait ni pourquoi. Ne plus savoir pour qui vous écriviez. Rabelais, dit-il, trouvait ça insupportable, comique et délectable, tout ça en même temps ».
Ce livre est une parfaite description poétique (oui poétique, j’insiste) des plaies béantes que nous avons chacun de nous du côté du cœur, de la tête ou des deux.

« Une pièce.
Il se tient à la fenêtre.
Et une voix dit : Tout passe. Le bien et le mal. La joie et la peine. Tout passe ».

Eric Neirynck