mardi 31 juillet 2012


Coupes sombres, Giulio Minghini

Ecrit par Eric Neirynck 31.07.12 dans La Une LivresLes LivresRecensionsRomanSeuil

Coupes sombres, Seuil, Cadre rouge, 03/05/2012, 80 p. 13 €
Ecrivain(s): Giulio Minghini Edition: Seuil

Coupes sombres, Giulio Minghini
« Comme le magicien sort la carte attendue de la manche d’un spectateur incrédule, Stanislaw se saisit du pistolet et en finit avec le monde ! »
En une seule phrase, le décor de ce tout petit roman est installé. Et de décor il en est question, puisque l’histoire alterne entre le théâtre et la réalité, ou le contraire, mais peu importe.
62 pages de pur plaisir, d’amour des mots, de la langue française et de sensibilité. Quel amour du verbe, quelle justesse dans l’emploi des termes et descriptions. Ce livre est plus que bien écrit, et quand on sait que le français n’est pas la langue maternelle de l’auteur, le respect n’en est que plus grand.
Certes, certains (ceux pour qui le nombre de signes est plus important que la qualité du texte) trouveront ce livre quelque peu inabouti et trop court. Ce qui à mon sens est une erreur. Ce roman est rapide, direct, mais pas court.
Simplement il est écrit sans futilités, artifices ou longueurs inutiles.
Mais surtout ces quelques pages sont ponctuées de phrases magnifiques telles : « … Après l’orgasme, la lumière revient d’un coup, immanquablement la tension dramatique retombe, personne n’y croit plus… »
En résumé ce livre est une sorte d’hommage à ceux qui par désespoir décident d’arrêter leur parcours de vie et de partir vers l’inconnu.
« Et si le suicide était le seul véritable baptême ? »
Une chose est évidente, il faut un certain vécu, de la souffrance, de l’amour pour pouvoir s’approprier et aimer profondément ce livre. Le lourd bagage de la vie est indispensable pour rentrer entièrement dans la scène, les scènes de vie racontées par l’auteur.
« Et inévitablement, Monsieur le Docteur, des coupes sombres se sont imposées à nous, comme il arrive presque chaque jour, bien entendu, mais de façon plus radicale cette fois-ci. En nous séparant, à la fin du mois d’août qui nous avait stupidement meurtris, nous avions voulu éclaircir de quelques coupes bien décidées l’épaisse ténèbre qui nous entourait, la forêt de branches folles de nos pensées. Nous croyions y avoir amené un peu de lumière. Mais non : nous n’avions gagné que plus d’obscurité ».

Dans une interview donnée récemment à un magazine, l’auteur reconnaît une grande part d’autofiction dans cette histoire, ce qui la rend encore plus forte.
En littérature aussi les moments les plus brefs peuvent être ceux qui laissent les meilleurs souvenirs.
Cette recension est volontairement courte et directe comme l’est le second livre de Giulio Minghini.

Eric Neirynck