mardi 19 juin 2012

Jésus-Christ rastaquouère


Jésus-Christ rastaquouère 



Francis Picabia



CHAPITRE I

Je ne parle pas de chat, je ne parle pas des oreilles, je ne parle pas de maïs, je ne parle pas du mouton, je ne parle pas des femmes, je ne parle pas des hommes. Je ne suis pas peintre, je ne suis pas littérateur, je ne suis pas musicien, je ne suis pas professionnel, je ne suis pas amateur.
Or, dans ce monde laissé pour compte, il n’y a plus que des spécialistes. Les spécialités séparent l’homme de tous les autres hommes.
Poètes lyriques, poètes dramatiques, vous adorez l’art pour échapper à la littérature, et vous n’êtes que littérateurs. Peintres traînards, les régions que vous explorez sont de vieilles anecdotes. Musiciens, vous êtes des ricochets sur l’eau…
Un homme de nos jours
Est une sorte de miroir.
Quand le rideau se lève,
La place de spectateur
Est parfaitement libre ;
Il n’a pas la foi
Et vous lui imposez des préjugés,
Comment espérer ?

Jalousie, amour, haine, ambition, le spectateur joue ces rôles ondoyants et solennels.
Dieu, qui domine l’action problématique, est aussi improbable que la providence ou la fatalité.
Félicité extraordinaire,
Nécessairement impossible,
Dans le feuillage clairsemé
Des papillons arc-en-ciel.
Les bons légumes, le fraiser, l’héliotrope, etc… Voilà les excès d’amour et le néant de Jésus-Christ-Rastaquouère.


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